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Quatrième Sous-Sol

xxxxxJe m'appelle Caëlan, j'ai 10 ans, presque 11, et cette nuit j'ai fait un rêve. Un rêve exceptionnel. J'aurais voulu ne jamais me réveiller.
xxxxxUn oiseau gigantesque et magnifique se penchait vers moi et, d'une voix très douce, me dit que personne, non personne, ne pouvait m'empêcher de rêver. Ça m'a fait très peur, car l'interdiction de rêver est une de nos lois principales, de même qu'imaginer quoi que ce soit, franchir deux étages en même temps ou « transcrire ses pensées sur quelque support que ce soit - papier, vidéo ou audio. » Si quelqu'un trouve ce journal, on me descendra au Quatrième Sous-Sol, sous les machineries, sous les caves, sous les incinérateurs, au Quatrième Sous-Sol, avec les fous et les dangereux, les bannis, jugés pour avoir eu l'affront de penser. Lorsque je réfléchis aux risques que je cours je n'ai qu'une idée : déchirer, faire brûler et disperser les cendres de cet embryon de journal. Mais je dois écrire, car je ne peux garder pour moi cette formidable expérience et il m'est bien entendu interdit d'en parler...
xxxxxMince ! La sonnerie rouge ! Dans moins de trente secondes les BANG vont débarquer et je dois faire mon lit au carré, m'habiller, faire ma toilette... et surtout, cacher ce cahier interdit avant que les BANG ne le trouvent.

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xxxxxLes BANG entrent dans ma chambre au moment où je fais mon lit. Je leur explique que je me suis attardé sous la douche parce que j'avais froid, mais l'excuse, très mauvaise, je vous l'accorde, ne semble pas les convaincre. Rien d'étonnant.
Je suis donc conduit en pyjama devant le BANG Supérieur. Humiliation totale.
xxxxxIl plante son regard dans le mien et, en un quart de seconde à peine une douleur terrible me transperce. Je sens mes entrailles se déchirer, mon coeur peu à peu s'arrêter. Mon corps semble peser des tonnes, je tombe à genoux, des images me reviennent, je me sens partir loin, je glisse, je glisse... Ceux qui disent que, pendant la Fureur, ils ont pensé à telle ou telle chose, mentent. Pendant la Fureur, on ne peut plus penser. Notre cerveau laisse place à la douleur. Nous ne ressentons plus la douleur, la douleur s'empare de nous. Nous devenons la douleur.

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xxxxxJe me réveille allongé sur mon lit. En essayant de me lever, je m'aperçois que mes jambes ne me répondent plus. J'essaie de me redresser, mais mon torse reste, lui aussi, paralysé. Seul mon coeur continue à battre, de plus en plus vite, au fur et à mesure que l'inquiétude grandit en moi. Je suis paralysé. Un étau serre ma poitrine, elle va céder et je mourrai comme ça, allongé, en pyjama, absurde, à la vue de ceux qui me découvriront comme ça. D'ailleurs, qui me découvrira ? Les BANG ? Personne d'autre ne rentre jamais dans ma chambre... L'étau me serre de plus en plus... Dans combien de temps me trouveront-ils ? Un jour, trois jours ? Un mois peut-être... Faites que ma poitrine explose, achevez moi, je n'en peux plus. Je pense à ma mère qui m'attend au niveau seize, à mon père qui a accédé au niveau dix-sept, je l'ai appris Le Jour Des Passages. Je pense à ma petite soeur en ce moment au niveau un, à cette petite soeur dont j'ai appris la naissance par l'infirmière du niveau quatre, cette petite soeur qui a peut-être peur toute seule, sans parents ni grand-frère pour la rassurer, les souvenirs de mes propres cauchemars deviennent des larmes qui commencent à couler, les mêmes que lorsque je me réveillais en pleine nuit, que j'appelais « maman » de toutes mes forces, et puis, au fil du temps, de plus en plus doucement jusqu'à ce que ce cri de détresse ne devienne plus qu'un chuchotement, j'ai mal, les larmes sont salées, je ne savais pas que les larmes étaient salées, même à quelques minutes de ma mort j'apprends des choses, la douleur devient insoutenable, je suis toujours paralysé, suffoquant, mes larmes sont maintenant brûlantes, mon sang cogne dans mes tempes, un rythme s'installe progressivement, boum boum, j'ai mal, boum boum, plus j'ai mal plus le son est fort, Boum Boum, je n'en peux plus, Boum Boum Boum Boum... Un rire se fait entendre. Ça y est, je suis devenu fou. J'entends des voix. J'entends une voix, ce rire moqueur qui s'amplifie, ce rire qui devient presque sadique, le rire de quelqu'un qui s'amuse vraiment à me voir souffrir comme ça...
xxxxxD'un coup la douleur s'en va, aussi rapidement qu'elle est arrivée. J'ouvre les yeux. Je les avais fermés malgré moi au moment où la douleur était la plus forte. Peut-être même que je ne les ai pas ouverts, que tout ça n'était qu'un de ces cauchemars qui me torturent de plus en plus fréquemment depuis quelque temps. Je passe ma main sur mes joues, elles sont encore humides. Mes tempes sont brûlantes et, en m'approchant du miroir, je m'aperçois que deux taches argentées y sont apparues. Juste le temps de cligner les yeux, elles ont déjà disparu. Ai-je rêvé ? La douleur m'a-t-elle rendu fou au point d'avoir des hallucinations ? Mes yeux sont rouges d'avoir tant pleuré, mes mains ont perdu toute coloration d'avoir été tant serrées.
xxxxxL'alarme bleue retentit, il est temps de me coucher. Je n'arrive pas à m'endormir. D'où viennent ces taches ? Ont-elles un rapport avec la Fureur ?
Toutes ces questions tournent dans ma tête jusqu'à l'aube du soleil bleu, vers le milieu de la nuit. J'estime qu'il me reste à peu près cinq heures de sommeil avant l'aube du soleil rose, qui marque le début de la journée.
xxxxxJe me souviens que mon Grand-père m'a parlé d'un monde, où son propre Grand-père a vécu et dans ce monde il n'y avait qu'un seul soleil, qui changeait de couleur entre le lever et le coucher.
Ça devait être beau, mais extrêmement bizarre tout de même. Le jour où le soleil tombait en panne, comment se débrouillaient-ils sans soleil de rechange ?
Mon Grand-père a ri quand je lui ai posé cette question. Il m'a ensuite expliqué que leur soleil ne tombait pas en panne. Mais il ne m'a jamais expliqué pourquoi le nôtre si.

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xxxxxCette journée à l'école a été très éprouvante, car je n'ai pas été en cours hier, j'ai donc essayé de suivre et de combler mes lacunes tout seul, ce qui, évidemment, était perdu d'avance.
xxxxxJ'ai peur que, Le Jour Des Passages, les Juges ne me fassent rester au niveau quatre, du côté gris, le côté de ceux pour qui plus rien n'est possible, ceux qui passeront le reste de leur vie en gris, qui se marieront avec des gens gris, qui auront des enfants qui essaieront tant bien que mal de se débrouiller au niveau un dès qu'ils auront appris à marcher, des enfants qui, comme moi, douteront, et qui, comme moi, n'oseront pas en parler, qui refouleront leurs doutes tout au fond d'eux-mêmes, dans un recoin de leur cerveau accessible seulement à eux-mêmes, et ces doutes les tortureront la nuit, comme ils me hantent aujourd'hui.
xxxxxJe ne veux pas d'enfants plus tard. Je ne veux pas que d'autres enfants subissent ce que j'ai subi, ce que je subis encore aujourd'hui.
xxxxxMon père un jour m'a offert un cadeau. Je l'ai toujours caché aux BANG, car il n'existe aucune liberté de possession, tout doit être partagé, et je ne veux pas partager un cadeau de mon papa. Il m'a offert un casque sur lequel sont pré-enregistrés tous les cours jusqu'au niveau 5. Il m'a bien conseillé de ne pas l'utiliser pour être en avance sur les autres, car ce serait beaucoup trop voyant. On dirait qu'il avait prévu ce qui m'arrive aujourd'hui, qu'il a tout fait pour que je m'en sorte.
xxxxxIl me manque mon papa. Il est loin, très loin de moi, à treize niveaux au-dessus. J'aimerais pouvoir lui parler, lui dire que je pense à lui, à maman, à ma soeur, à Grand-père qui nous a quittés il y a 8 lunes de cela, emportant avec lui ses histoires et mon enfance. Je m'en rends compte maintenant, j'ai grandi le jour ou Grand-père est parti.

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xxxxxCette nuit, mon rêve est revenu. Toujours la même voix, toujours le même conseil, mais je vois avec plus de précision la créature : il me semble que c'est un oiseau, mais je n'en suis pas très sûr.
Grâce à mon casque, j'ai pu comprendre de quoi l'éducateur parlait. Heureusement, car le théorème est assez compliqué. Ça me fait du bien d'écrire mes pensées dans ce journal, j'ai l'impression d'avoir l'esprit plus clair, plus dégagé, ce qui m'aide à réfléchir. Je trouve l'interdiction d'écrire totalement absurde, lorsqu'on voit le bien que cela fait, le bonheur que cela apporte. Mais, j'y pense maintenant, rien depuis notre naissance jusqu'à notre mort, rien n'est prévu pour que nous éprouvions du bonheur, juste un peu de contentement lorsque l'on monte d'un niveau, et encore, pas pendant très longtemps.
Le bonheur est-il considéré comme quelque chose de mal, d'inhumain ?

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xxxxxJ'ai eu très, très peur cette nuit, vers le soleil vert, il y a eu une descente et j'ai bien cru qu'ils allaient trouver mon journal. Heureusement que je le change de cachette chaque jour. Mandeep a été emporté, car ils ont découvert sous son matelas une photo de lui et de son frère, resté au niveau 2, considéré comme trop peu avancé pour aller au-dessus.
xxxxxIci, on connaît tous la sentence pour avoir gardé un souvenir, une trace du passé en dehors de nos esprits : quatre jours au Quatrième Sous-Sol avec, si le BANG Supérieur est d'humeur, une ou deux Fureur, histoire de mettre un peu de piquant à la punition. Rien que d'y penser, je sens mes tempes chauffer comme lorsque je l'ai moi-même subie, cette Fureur qui a permis au BANG Sup' de s'imposer comme le maître absolu, dieu de nos coeurs et guide de nos pensées.
xxxxxLes taches argentées sont toujours là, mais personne ne les a remarquées. Je suppose qu'elles disparaissent dès que quelqu'un apparaît, même si ce n'est que mon reflet dans le miroir. C'est quand même mieux, car si un BANG le remarque, je suis bon pour le Quatrième Sous-sol à perpétuité - voire pire.

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xxxxxJe n'arrive toujours pas à y croire. J'arrive à lire dans les pensées des gens. Ça semble fou dit comme ça, mais c'est vraiment ce qui m'arrive, si je me concentre bien j'arrive à voir ce que les gens pensent. Enfin, je ne le vois pas vraiment, c'est plus compliqué que ça, j'arrive à les deviner, mais je ne cherche pas vraiment à les deviner... En fait, il me suffit de regarder quelqu'un pour savoir automatiquement ce qu'il pense. Et c'est ce que j'ai fait tout à l'heure, en classe. L'éducateur nous faisait la leçon, et d'un coup un coin de mon cerveau s'est mis à l'imaginer avec l'infirmière. J'ai mis un bout de temps avant de m'apercevoir que je ne pouvais m'enlever cette pensée de l'esprit, mais que je pouvais tout à fait me concentrer sur la leçon. C'est là que j'ai eu l'idée non pas de supprimer cette pensée, mais de la modifier légèrement : au lieu de l'infirmière, c'est avec la doyenne du niveau que se trouvait l'éducateur, ce qui donnait quelque chose de beaucoup moins chouette, je peux vous l'assurer. Le changement n'a pas été facile, mais une fois que l'infirmière eut totalement disparu, je me suis mis à observer mon éducateur. Très concentré sur sa leçon, il n'avait pas dû remarquer le cours que ses pensées avaient suivi sans lui. Sa démonstration terminée, après nous avoir indiqué la page à lire pour le lendemain, il se mit à ranger ses affaires et se remit à rêver à son idylle beaucoup moins parfaite maintenant que j'y avais déposé ma petite touche personnelle.
Monsieur l'éducateur eut un imperceptible sursaut que personne ne remarqua, sauf moi évidemment. Voilà comment j'ai compris que je pouvais influencer les pensées des autres.
Une question s'impose à moi : que faire de ce don ? L'utiliser pour aider mes camarades à avoir une vie beaucoup plus agréable ? Ou bien en profiter pour foutre en l'air tout ce système que je hais ?
La deuxième solution, bien que très dangereuse, me séduit particulièrement.

xxxxxMandeep est revenu aujourd'hui en classe, après quatre jours de torture. Il est arrivé en début d'après midi en classe, le regard vide, des cernes sous les yeux, les lèvres bleues et les mains tremblantes. Mais il s'en est sorti. Pourtant, on ne donnait pas cher de sa peau. Le dernier en date ayant subi le supplice des quatre jours au Quatrième Sous-Sol – communément appelé 4.4 – s'appelait Mallory. Décédé après seulement 3 jours de supplice. Tout ça pour avoir dessiné un portrait de sa mère. J'aimerais pouvoir demander à Mandeep s'il a lui aussi les tempes argentées : il a dû lui aussi subir - au moins - une Fureur. Mais je n'ose lui en parler de peur qu'il me dénonce aux BANG.
Dans ce monde de terreur et d'oppression, on ne peut avoir confiance en personne.

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xxxxxJ'ai parlé à Mandeep lors de la pause. Enfin, on a pas vraiment parlé : je me suis introduit dans ses pensées et j'ai vu qu'il réfléchissait au sens de ces taches. J'ai alors essayé de lui transmettre mes pensées, mais ça n'a pas fonctionné. Je me suis donc ''matérialisé'' dans son esprit, il s'est tourné vers moi avec un air très surpris, et m'a regardé dans les yeux. J'ai donc pu lui faire parvenir ce message : « A toi aussi ? ». Ce à quoi il a répondu « Oui ».
xxxxxVous devez penser que comme conversation on a fait moins bateau, mais je suis débutant dans l'art de la télépathie, lui encore plus, alors chaque chose en son temps, merci.
xxxxxAu moins maintenant, j'en suis sûr, les taches argentées ont bien un rapport avec la Fureur, et elles donnent la faculté de lire les pensées des autres et de transmettre les siennes. Je suis intimement convaincu qu'à nous deux, grâce à notre ''don'' nous pouvons combattre les BANG et rétablir une certaine liberté de penser dans ce monde. Belle utopie.

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xxxxxDepuis quelques jours, je réfléchis à une façon intelligente d'utiliser notre pouvoir.
Mandeep s'avère être très... Enfin... je ne sais pas comment m'expliquer. Il n'existe pas de mots pour décrire ce que je ressens envers lui. Je me dis que si l'on s'y met tous les deux, on peut forcément arriver à quelque chose - quoi, je ne le sais pas encore, mais je suis sûr au fond de moi que nous avons été choisis pour avoir une influence sur notre vie, et sans doute sur celle des autres. Ma phrase est un peu confuse, mais mes sentiments le sont aussi. Les pensées se bousculent dans mon esprit, et, lorsque je m'introduis dans l'esprit de Mandeep, je m'aperçois que sa tête bouillonne aussi. Mais j'évite ce genre de manoeuvres trop souvent pendant les leçons, car l'éducateur commence à se rendre compte de quelque chose et tout soupçon serait fatal à notre plan. Car nous avons un plan.
Un plan très simple, qui consiste simplement à lire dans les pensées des BANG pour récolter le plus d'informations possibles, le tout sans se faire remarquer. Plus facile à dire qu'à faire.

xxxxxCela fait plusieurs semaines que je n'ai pas écrit dans ce cahier. Entre temps, nous avons passé l'Epreuve Médiane, qui mesure nos capacités à passer au niveau suivant. Ces tests sont devenus routine pour nous, nous les voyons passer comme une heure de leçon en moins, une heure à devoir connaître par nous-même, une leçon à deviner, une réponse à improviser le Jour Des Passages, qui devrait arriver assez vite d'ailleurs, dans trois lunes à peine.
xxxxxEn prévision de notre plan, nous nous entraînons Mandeep et moi à fermer notre esprit, pour éviter que les BANG puissent lire nos pensées. C'est un exercice très éprouvant, mais la réussite de notre projet est à ce prix.

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xxxxxJe ne pensais pas que nos pouvoirs nous serviraient aussi vite : tout à l'heure, les BANG ont interrompu la leçon alors que le problème posé atteignait son maximum de complexité et que pas mal d'élèves avaient perdu le fil. Avec un air menaçant, l'un d'eux s'est approché de Mandeep et a essayé de sonder son esprit, mais il s'est heurté au mur mental qu'il avait dressé autour de son esprit. Le BANG fut tellement surpris qu'il blêmit, avant de se mettre à sangloter. Nous commencions à nous demander si les BANG n'étaient pas eux-aussi des êtres humains, jusqu'à que ses larmes commencent à couler. Des larmes épaisses et rouges, comme le sirop de cerises transgéniques que Grand-père m'a fait goûter un jour. Ça avait un goût extrêmement sucré, très agréable, mais interdit. La bouteille fut confisquée lors de la mort de Grand-père, ainsi que les livres dans lesquels j'ai appris tout ce que je sais aujourd'hui. Les leçons, comme ils osent appeler ça, ne servent à rien, ne nous enseignent rien d'autre que la peur de l'autorité et l'ambition d'accéder à l'étage le plus haut de la tour.
xxxxxAprès l'évacuation du BANG défaillant, ses collègues ont décidé de nous faire un lavage de cerveau pour nous faire oublier l'incident. Face à notre résistance, quatre autres sont tombés et se sont mis à sangloter. Personne ne comprenait pourquoi, mais Mandeep et moi étions très fiers de notre action.
Alors que les BANG étaient tous partis, je sentis une présence intruse dans mon esprit, que je chassais rapidement et que j'attribuais à l'excitation du moment.

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xxxxxLes premières épreuves de fin de cycle ont commencé ce matin. J'ai obtenu les meilleures notes du niveau et, alors que je savourais ma victoire, le regard d'Émile croisa le mien et il contenait tellement de violence que j'en ai frémi.
xxxxxÉmile, je ne l'aime pas beaucoup. J'ai toujours l'impression qu'il se croit supérieur aux autres, comme s'il en savait plus, alors que nous suivons exactement les mêmes leçons depuis le niveau un. Le statut de sa mère, Oriane OLOS, seule femme ayant atteint le niveau 28, lui met une pression énorme sur les épaules. On ne sait rien en revanche de son père, parfait inconnu pour tous. Je pense qu'Émile lui-même ne sait pas qui est son père. Il doit donc prouver qu'il peut rejoindre sa mère grâce à ses facultés : la personne qui a de meilleures résultats que lui est donc vu comme un ennemi à éliminer. Physiquement, il est vraiment effrayant : grand, massif, avec des cheveux foncés assez longs, des yeux noirs brillant sans cesse d'un éclat de haine et une bouche se tordant dans un rictus abominable lorsqu'il est satisfait, plus souvent du malheur d'un autre que de sa propre réussite. Vous comprenez maintenant que quand son regard acéré se posa sur moi, je me sentis très, mais alors très très mal à l'aise...
xxxxxNotre action est pour demain. Nous l'avons décidé cet après-midi, juste après la découverte des résultats. Une attente plus longue nous serait fatale.




xxxxx« Caëlan TULCO et Mandeep BRENO sont priés de se rendre chez le BANG supérieur IMMEDIATEMENT ! »
xxxxxLa voix avait aboyé si fort ce dernier mot que tout le niveau en tressaillit. Les têtes se retournèrent une à une vers les deux appelés, pris de court et pâles comme la mort.
xxxxxLes deux garçons se levèrent lentement de leur place et, sans un regard aux alentours, se dirigèrent lentement vers la porte. Arrivés dans le couloir, tout en marchant en direction du bureau tant redouté, ils se mirent d'accord pour bloquer leur esprit aussi longtemps qu'ils le pourraient.

xxxxxÀ l'arrivée, le BANG Supérieur les attendait de pied ferme, assis sur son fauteuil, les surplombant ainsi d'un regard malveillant au possible. Et la torture commença. En un regard, toute la haine contenue dans ce monde frustré vint se loger dans le crâne des enfants, qui n'avaient pu bloquer leur esprit comme ils l'espéraient. La douleur enflamma leur visage, inondant leurs joues de larmes brûlantes, ne pouvant contrôler le tremblement de leurs mâchoires, ils sentaient leurs dents s'entrechoquer jusqu'à se briser dans un bruit épouvantable, les veines de leur cou palpitaient furieusement, presque de façon inhumaine. Tombés sous le poids de leur douleur, ils demandaient grâce, mais le BANG Supérieur ne voulait rien entendre, à part leur cris. Ils eurent beau supplier encore et encore ce tyran, le supplice ne prit fin qu'avec leur dernier souffle. Un rire glacial résonna dans tout le bâtiment, jusqu'au Quatrième Sous-Sol.
xxxxxUne longue plainte se fit alors entendre : les prisonniers rendaient hommage par leur chant aux deux gamins qui avaient sacrifié leur vie pour la liberté de rêver.
Tués pour avoir eu l'affront de penser.


xxxxxÉmile, le soir même, se retrouva lui aussi convoqué chez le BANG Supérieur.
« Merci, mon petit, de m'avoir indiqué les personnes capables de terrasser quatre BANG sans les toucher.
C'est normal, j'allais quand même pas les laisser foutre en l'air ton système, p'pa.
Mon cher fils... répondit le BANG Sup' en tapotant sur l'épaule de son rejeton, allez va, et continue à lire dans les pensées de tes camarades. »

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xxxxxCe qu'Émile et son père ignoraient, c'est qu'en entendant la plainte des prisonniers, tous les élèves s'étaient levés et avaient repris leur chant.
Une envie de révolte vibrait dans leur voix.

# Posté le lundi 10 mars 2008 18:29

Modifié le mercredi 21 mai 2008 10:12